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Pétrole cher : au Maroc, la pluie freine l’inflation mais pas la facture énergétique

Prix du pétrole et facture énergétique au Maroc en 2026

Le Maroc fait face à un paradoxe économique en cette rentrée 2026 : le pétrole reste extrêmement cher et la facture des importations se dégrade, mais cette pression n’a pas encore provoqué une flambée généralisée des prix à la consommation.

La raison tient en partie à l’agriculture. Le retour des pluies a fortement amélioré la campagne céréalière et l’offre alimentaire, compensant une partie du choc provoqué par l’énergie. Mais cette protection a ses limites : les carburants et les transports deviennent plus chers, tandis que les importations continuent de peser sur la balance commerciale.

À retenir

  • Le Brent se situait à 114,82 dollars le baril le 1er octobre 2026, selon l’EIA.

  • La facture énergétique marocaine atteignait environ 81,2 milliards de dirhams à fin juillet, soit une hausse de 29,1 % sur un an.

  • La production céréalière 2025-2026 est estimée à près de 90 millions de quintaux, plus du double de la campagne précédente.

  • En août, les prix alimentaires étaient en baisse de 3,9 % sur un an, alors que les transports augmentaient de 7,3 %.

  • Le déficit commercial continue néanmoins de se creuser, les importations progressant beaucoup plus rapidement que les exportations.

Le Brent reste au-dessus de 110 dollars

Parler aujourd’hui d’un « baril à 116 dollars » nécessite une précision.

Ce niveau correspond bien à la zone de prix observée durant la deuxième moitié de septembre, mais il ne constitue pas un cours fixe. Les données publiées par l’U.S. Energy Information Administration (EIA) montrent qu’au 22 septembre, le Brent européen s’établissait à 114,89 dollars avant d’atteindre 120,92 dollars deux jours plus tard.

Au 1er octobre 2026, dernière donnée quotidienne publiée par l’EIA disponible au moment de la rédaction, le Brent ressortait à 114,82 dollars le baril.

La distinction est importante. Les cours pétroliers peuvent évoluer fortement d’une séance à l’autre. Pour le Maroc, ce n’est donc pas un chiffre quotidien isolé qui compte le plus, mais le maintien éventuel de prix élevés pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Plus cette période dure, plus le coût des importations d’énergie risque de peser sur les entreprises, les transports et les comptes extérieurs.

La facture énergétique grimpe beaucoup plus vite

C’est ici que le choc devient clairement visible.

À fin juillet 2026, la facture énergétique du Maroc atteignait environ 81,2 milliards de dirhams, en hausse de 29,1 % sur un an, selon les données reprises dans la dernière analyse conjoncturelle.

Dans le même temps, les statistiques officielles de l’Office des Changes montrent que l’ensemble des importations de marchandises avait atteint 544 milliards de dirhams sur les sept premiers mois, en progression de 15,9 %. Les exportations n’augmentaient que de 8,4 %, à 299,3 milliards de dirhams.

Résultat : le déficit commercial s’est élargi de 26,5 % à fin juillet.

Les chiffres plus récents disponibles à fin août ne montrent pas de véritable retournement : les importations ont encore progressé de 15,8 % sur un an, contre 8,7 % pour les exportations, et le déficit commercial a augmenté de 25,4 %.

Autrement dit, même si les ménages ne ressentent pas immédiatement toute la hausse du baril dans l’inflation globale, l’économie marocaine la paie déjà à travers ses échanges extérieurs.

Les pluies jouent le rôle d’amortisseur

Le principal élément positif vient de l’agriculture.

La campagne 2025-2026 a bénéficié d’un net redressement des précipitations et des ressources hydriques. La production céréalière est estimée à près de 90 millions de quintaux, contre 43,1 millions lors de la campagne précédente.

Cette amélioration compte directement pour l’inflation.

Une meilleure production agricole signifie davantage d’offre locale pour plusieurs produits alimentaires et, toutes choses égales par ailleurs, moins de tensions sur certains prix.

Les données du Haut-Commissariat au Plan illustrent cette situation. En août 2026, l’indice général des prix était même inférieur de 0,3 % à son niveau d’août 2025. Les prix alimentaires reculaient de 3,9 % sur un an.

Il faut donc corriger une confusion possible : l’inflation annuelle d’août n’était pas de +0,3 %, mais de -0,3 % selon le HCP.

La pluie n’annule évidemment pas le choc pétrolier. Elle permet surtout à une composante majeure du panier des ménages — l’alimentation — de compenser partiellement la hausse enregistrée ailleurs.

Les carburants montrent déjà que le choc se transmet

Cette protection apparaît beaucoup moins forte dès que l’on regarde les transports.

Entre juillet et août, le HCP a mesuré une hausse de 9,8 % des prix des carburants. Sur un an, l’indice relatif au transport progressait de 7,3 %.

C’est un signal important.

Un pétrole cher ne touche pas uniquement la pompe à essence. Les coûts énergétiques interviennent dans le transport routier, la logistique, la distribution et de nombreuses activités industrielles.

La transmission vers les consommateurs peut donc être progressive.

Un commerçant, par exemple, ne répercute pas nécessairement immédiatement une hausse du coût du transport. Mais si les prix énergétiques restent durablement élevés, les marges se réduisent et la tentation de relever les prix augmente.

Les particuliers qui suivent l’évolution des paiements, des dépenses et des services financiers au Maroc peuvent également consulter Moyen de Paiement pour des contenus complémentaires sur les sujets financiers du quotidien.

Pourquoi le faible niveau d’inflation ne signifie pas que le choc est indolore

Il serait donc trompeur de conclure que le Maroc échappe à la hausse du pétrole simplement parce que l’inflation générale reste faible.

Fait confirmé : les prix alimentaires ont reculé sur un an et la campagne agricole s’est fortement redressée.

Autre fait confirmé : les carburants et le transport se sont nettement renchéris, tandis que le déficit commercial continue de se dégrader.

L’économie marocaine bénéficie donc actuellement d’un mécanisme de compensation : le choc positif agricole neutralise en partie le choc négatif énergétique dans l’indice général des prix.

Mais les deux phénomènes ne produisent pas les mêmes effets.

Une bonne récolte peut réduire le coût de certains aliments pour les ménages. Elle ne paie pas les importations de pétrole, de gasoil ou d’autres produits énergétiques.

C’est pourquoi la facture extérieure reste le principal point de vigilance.

Le prochain risque : la durée du pétrole cher

La question centrale n’est finalement pas de savoir si le Brent vaut précisément 115, 116 ou 120 dollars un jour donné.

Elle est de savoir combien de temps il restera à ces niveaux.

Une baisse durable du brut réduirait progressivement la pression sur les importations, les transports et les entreprises. À l’inverse, une période prolongée au-dessus de 100 dollars augmenterait le risque de voir le choc énergétique se diffuser plus largement dans les prix domestiques.

Pour l’instant, l’agriculture offre au Maroc un amortisseur précieux. Mais cet amortisseur protège davantage l’indice des prix que la facture extérieure.

Et c’est probablement là que se situe le véritable message des chiffres de 2026 : la pluie peut freiner l’inflation, mais elle ne peut pas remplacer le pétrole importé.


FAQ

Quel est le prix du pétrole Brent en octobre 2026 ?

Selon l’EIA, le Brent européen s’établissait à 114,82 dollars le baril le 1er octobre 2026. Le cours peut toutefois varier fortement d’une séance à l’autre.

Pourquoi l’inflation reste-t-elle faible au Maroc malgré le pétrole cher ?

La baisse annuelle des prix alimentaires, favorisée notamment par une meilleure campagne agricole, compense partiellement la hausse des carburants et du transport.

Quel est l’impact du pétrole cher sur le Maroc ?

Il augmente surtout la facture énergétique, pèse sur le déficit commercial et renchérit les coûts de transport, avec un risque de transmission progressive à d’autres prix.

Sources officielles et fiables

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