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Bureaux de change au Maroc : la fin de l'ère du cash est officiellement lancée

 

Bureaux de change au Maroc : la fin de l'ère du cash est officiellement lancée


En bref :

  • La Circulaire n°3/2025 de l'Office des Changes autorise les bureaux de change à accepter les cartes bancaires internationales via TPE
  • Les clients peuvent désormais payer par Visa ou Mastercard et recevoir des dirhams en espèces ou sur carte prépayée
  • Cette réforme répond aux exigences du GAFI en matière de traçabilité et de lutte contre le blanchiment
  • La mise en œuvre dépendra de chaque opérateur : équipement, formation et adaptation des procédures

Une circulaire qui change les règles du jeu

Le 5 décembre 2025, l'Office des Changes a posé un acte qui va transformer le quotidien de millions de personnes. La Circulaire n°3/2025 vient d'autoriser officiellement les bureaux de change marocains à utiliser des Terminaux de Paiement Électronique pour leurs opérations.

Dit comme ça, cela peut sembler technique. Bureaucratique même. Mais derrière ce texte réglementaire se cache une petite révolution. Celle qui va permettre à un touriste débarquant à Marrakech de changer ses euros en sortant simplement sa carte bancaire. Celle qui va épargner aux hommes d'affaires de passage la corvée de retirer du cash avant chaque voyage. Celle qui va moderniser un secteur resté figé dans ses habitudes depuis des décennies.

Jusqu'à présent, les bureaux de change fonctionnaient sur un modèle simple mais contraignant. Vous arriviez avec des billets, vous repartiez avec des billets. L'espèce régnait en maître. Cette époque touche à sa fin.

Ce que dit précisément la nouvelle réglementation

Entrons dans le détail de ce que permet cette circulaire. Car le diable, comme souvent, se cache dans les détails.

Premièrement, les opérateurs de change manuel agréés par l'Office des Changes peuvent désormais s'équiper de TPE. Ces terminaux, que vous connaissez bien pour les utiliser quotidiennement dans les commerces, font leur entrée dans les bureaux de change. Vous pourrez donc présenter votre carte Visa ou Mastercard internationale et régler votre opération de change comme vous paieriez un achat dans n'importe quelle boutique.

Deuxièmement, et c'est peut-être le plus intéressant, les bureaux de change peuvent proposer une alternative aux billets. Au lieu de repartir avec une liasse de dirhams, vous pourrez recevoir une carte prépayée chargée en monnaie locale. Une carte que vous utiliserez ensuite partout pendant votre séjour, sans les inconvénients du cash.

Troisièmement, cette réforme impose une traçabilité renforcée des opérations. Chaque transaction par carte laisse une trace. Qui a changé quoi, quand, où, pour quel montant. L'Office des Changes inscrit cette exigence dans le cadre des obligations de vigilance et de conformité auxquelles sont soumis les opérateurs.

Pourquoi maintenant ? Le contexte qui explique tout

Cette circulaire ne tombe pas du ciel. Elle répond à une double pression, nationale et internationale.

Sur le plan national, le Maroc connaît une transformation accélérée de ses services financiers. Paiement mobile, banques digitales, portefeuilles électroniques. Les Marocains adoptent massivement les solutions de paiement modernes. Les bureaux de change, eux, restaient à la traîne. Ce décalage devenait de plus en plus visible et problématique.

L'Office des Changes le reconnaît lui-même. Cette mesure s'inscrit dans une dynamique d'adaptation aux mutations rapides des services financiers et à la montée en puissance des paiements digitaux. Le message est clair : il est temps de rattraper le retard.

Sur le plan international, les exigences se durcissent. Le Groupe d'Action Financière, le fameux GAFI, pousse les pays à renforcer la traçabilité de leurs flux financiers. L'objectif ? Lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les transactions en espèces, difficiles à suivre, posent problème. Les paiements électroniques, traçables par nature, offrent une solution.

Le Maroc, soucieux de maintenir sa réputation sur la scène financière internationale, ne pouvait ignorer ces recommandations. Cette circulaire est donc aussi une réponse aux pressions du GAFI.

Les avantages concrets pour les utilisateurs

Mettons-nous dans la peau de ceux qui vont bénéficier de cette réforme. Ils sont nombreux.

Le touriste étranger, d'abord. Celui qui arrive à l'aéroport Mohammed V ou à celui de Marrakech-Menara. Avant, il devait soit retirer du cash au distributeur avec des frais souvent élevés, soit passer au bureau de change avec des espèces. Maintenant, il pourra tendre sa carte, effectuer sa transaction, et choisir comment recevoir ses dirhams. Plus simple, plus rapide, plus sécurisé.

L'homme ou la femme d'affaires en déplacement fréquent, ensuite. Pour ces voyageurs réguliers, la possibilité de régler par carte et de recevoir une carte prépayée locale représente un gain de temps considérable. Plus besoin de prévoir du cash avant chaque mission, plus besoin de gérer des liasses de billets dans plusieurs devises.

Le Marocain résidant à l'étranger, enfin. Celui qui rentre au pays pour les vacances ou pour des affaires familiales. Habitué aux paiements par carte dans son pays de résidence, il retrouvera les mêmes facilités dans les bureaux de change marocains. Une cohérence bienvenue.

Pour les opérateurs : opportunité ou casse-tête ?

Si les clients ont tout à gagner, la situation est plus nuancée pour les opérateurs de bureaux de change. Cette réforme leur ouvre des possibilités, mais elle leur impose aussi des contraintes.

Commençons par le positif. Accepter les cartes bancaires, c'est potentiellement attirer une clientèle plus large. Des clients qui passaient devant sans s'arrêter parce qu'ils n'avaient pas de cash sur eux. Des touristes qui préfèrent éviter les distributeurs automatiques. Proposer des cartes prépayées, c'est aussi créer un service à valeur ajoutée qui peut fidéliser la clientèle.

Mais il y a le revers de la médaille. Déployer des TPE, cela coûte. Interfacer ces terminaux avec les systèmes bancaires, cela demande des compétences techniques. Former le personnel aux nouvelles procédures, cela prend du temps. Adapter les processus internes aux exigences de traçabilité, cela implique une refonte organisationnelle.

L'Office des Changes a posé le cadre réglementaire. Mais la mise en œuvre opérationnelle, elle, dépendra de chaque bureau de change. Tous n'auront pas les mêmes moyens ni la même rapidité d'adaptation. Il faudra probablement plusieurs mois avant que cette réforme se traduise concrètement sur le terrain.

La question des frais : le point d'interrogation

Il y a un sujet que la circulaire n'aborde pas en détail, et qui pourtant préoccupe tout le monde. Celui des frais.

Les transactions par carte bancaire internationale impliquent des commissions. Les réseaux Visa et Mastercard prélèvent leur part. Les banques émettrices aussi. Qui va supporter ces coûts ? Le client ? L'opérateur de change ? Un partage entre les deux ?

Si le coût du change par carte s'avère significativement plus élevé que le change en espèces, beaucoup de clients continueront à privilégier le cash. L'adoption de cette réforme dépendra donc en grande partie de la politique tarifaire que choisiront les opérateurs.

C'est un équilibre délicat à trouver. Trop de frais, et la réforme restera lettre morte. Des frais raisonnables, et elle pourrait véritablement transformer le secteur.

Traçabilité et conformité : le vrai moteur de la réforme

Soyons lucides. Cette circulaire n'est pas uniquement motivée par le confort des utilisateurs. Elle répond avant tout à des impératifs de conformité et de lutte contre les flux financiers illicites.

Les bureaux de change, par nature, manipulent des volumes importants de cash. Ce sont des points de passage potentiels pour des opérations de blanchiment. Les autorités financières, au Maroc comme ailleurs, cherchent à mieux contrôler ces flux.

Les paiements électroniques offrent cette traçabilité que le cash ne permet pas. Chaque transaction est enregistrée, horodatée, identifiée. En cas de contrôle, les autorités peuvent remonter la chaîne des opérations. C'est exactement ce que préconise le GAFI dans ses recommandations.

Pour le client honnête qui n'a rien à cacher, cela ne change rien. Pour ceux qui utilisaient les bureaux de change pour des opérations moins transparentes, les temps deviennent plus difficiles. Et c'est précisément l'objectif.

Quel calendrier de déploiement ?

La circulaire est publiée. Le cadre juridique est en place. Mais quand verrez-vous concrètement des TPE dans votre bureau de change habituel ?

La réponse est : cela dépend. Certains opérateurs, les plus structurés, les mieux financés, pourraient s'équiper rapidement. D'autres, plus petits ou moins préparés, mettront plus de temps.

Il est probable que les bureaux de change situés dans les zones à forte affluence touristique seront les premiers à s'adapter. Aéroports, grandes villes, quartiers d'affaires. Là où la demande pour le paiement par carte est la plus forte, l'incitation à investir dans les TPE sera maximale.

Pour les petits bureaux de change dans des zones moins fréquentées, la transition sera peut-être plus lente. Le rapport coût-bénéfice de l'investissement dans un TPE sera moins évident.

Ce qu'il faut retenir

La Circulaire n°3/2025 de l'Office des Changes marque un tournant pour le secteur du change de devises au Maroc. En autorisant l'utilisation des TPE et des cartes bancaires internationales, elle ouvre la voie à une modernisation attendue depuis longtemps.

Pour les utilisateurs, c'est la promesse de transactions plus simples, plus rapides et plus sécurisées. Pour les opérateurs, c'est à la fois une opportunité et un défi d'adaptation. Pour le système financier marocain dans son ensemble, c'est un pas supplémentaire vers la conformité internationale et la transparence.

La fin de l'ère du cash dans les bureaux de change est officiellement lancée. Reste maintenant à transformer cette annonce réglementaire en réalité quotidienne. Les prochains mois nous diront si le secteur est prêt à franchir le pas.

Utilisez-vous fréquemment les bureaux de change au Maroc ? Cette réforme va-t-elle changer vos habitudes ? Partagez vos attentes et vos questions dans les commentaires.

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