En bref :
- Le Conseil de la concurrence a reçu six notifications d'acquisition portant sur les actifs du Centre Monétique Interbancaire (CMI)
- Les acquéreurs potentiels sont Naps SA, Attijari Payment SA, Lana Cash SA, Cdm Pay SA, Maroc Traitement de Transactions SA et Al Filahi Cash SA
- Les contrats concernent les paiements par TPE et, pour certains, les services de paiement en ligne (PEL et Gateway E-Commerce)
- Le CMI a jusqu'au 31 janvier 2026 pour les commerçants privés et jusqu'au 30 avril 2026 pour les administrations publiques
- Les tiers intéressés peuvent soumettre leurs observations jusqu'au 22 décembre 2025
Le paysage des paiements électroniques est en train de basculer
Quelque chose de majeur est en train de se produire dans le secteur des paiements au Maroc. Et cette fois, ce n'est pas une simple évolution réglementaire. C'est un changement de paradigme.
Le 11 décembre 2025, le Conseil de la concurrence a publié six communiqués qui vont redessiner la carte du paiement électronique dans le Royaume. Six opérateurs différents ont notifié leur intention d'acquérir des actifs du Centre Monétique Interbancaire, le fameux CMI. Celui-là même qui, pendant des années, a été l'acteur quasi-unique de l'acquisition monétique au Maroc.
Quand tu paies par carte dans un commerce, quand tu effectues un achat en ligne, il y a de fortes chances que ta transaction passe par le CMI. Mais ce monopole de fait touche à sa fin. Et les prétendants à la succession sont déjà dans les starting-blocks.
Les six acquéreurs qui veulent leur part du gâteau
Qui sont ces opérateurs qui se positionnent pour récupérer les contrats du CMI ? La liste révèle un mélange d'acteurs établis et de nouveaux entrants, tous désireux de prendre pied sur ce marché stratégique.
Naps SA est en première ligne. Cette fintech marocaine s'est déjà fait un nom dans les solutions de paiement innovantes. Attijari Payment SA représente le bras armé d'Attijariwafa Bank dans la bataille des paiements. Lana Cash SA et Al Filahi Cash SA apportent leur expertise dans les services financiers de proximité.
Cdm Pay SA, émanation du Crédit du Maroc, entre également dans la danse. Maroc Traitement de Transactions SA complète ce sextuor d'acquéreurs potentiels. Chacun de ces opérateurs a notifié au Conseil de la concurrence son projet d'acquisition d'éléments d'actifs du CMI.
Ce qui est remarquable, c'est la diversité des profils. Des filiales de grandes banques côtoient des fintechs indépendantes et des établissements de paiement spécialisés. Le marché qui émerge sera donc beaucoup plus fragmenté et compétitif que celui que nous connaissons.
Ce que contiennent exactement ces acquisitions
De quoi parle-t-on précisément quand on évoque l'acquisition des actifs du CMI ? Les opérations notifiées portent sur plusieurs éléments distincts.
Le cœur du transfert concerne les contrats d'adhésion des commerçants. Ces contrats qui lient le CMI aux milliers de commerces équipés de terminaux de paiement électronique à travers le Royaume. Quand tu tends ta carte au restaurateur ou au pharmacien, c'est ce contrat qui permet à la transaction de s'effectuer.
Pour certaines sociétés, l'acquisition va plus loin. Elle inclut également les services de paiement en ligne : l'acquisition PEL (Paiement En Ligne) et le Gateway E-Commerce, aussi appelé PSP (Payment Service Provider). Ces activités concernent les paiements que tu effectues sur les sites marchands marocains.
En clair, c'est toute l'infrastructure d'acceptation des paiements par carte qui est en train de changer de mains. Les tuyaux restent les mêmes, mais les opérateurs qui les gèrent vont se multiplier.
Pourquoi le CMI doit se retirer
Cette redistribution des cartes n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte d'une décision du Conseil de la concurrence qui a identifié des problèmes de concentration sur le marché de l'acquisition monétique.
Le CMI, créé à l'origine par les banques marocaines pour mutualiser les infrastructures de paiement, s'est retrouvé dans une position dominante qui freinait l'émergence de nouveaux acteurs. Dans un marché en pleine croissance, cette situation n'était plus tenable.
Le Conseil a donc imposé au CMI de céder ses activités d'acquisition. L'objectif est clair : ouvrir le marché à davantage d'opérateurs, notamment aux établissements de paiement qui ont obtenu leurs agréments ces dernières années. Plus de concurrence signifie potentiellement de meilleurs services, des frais plus compétitifs, et plus d'innovation.
Un calendrier sous haute surveillance
Le retrait du CMI ne se fait pas du jour au lendemain. Un calendrier précis a été établi, avec des échéances qui approchent.
Pour les contrats signés avec les commerçants privés, la date limite est fixée au 31 janvier 2026. C'est dans moins de deux mois. Pour les contrats conclus avec les administrations et établissements publics, le CMI dispose d'un peu plus de temps : jusqu'au 30 avril 2026.
Ces délais ont d'ailleurs fait l'objet d'une prolongation exceptionnelle accordée par le Conseil de la concurrence. Le CMI avait demandé ce report pour deux raisons principales. D'une part, l'obtention de diverses autorisations réglementaires prenait plus de temps que prévu. D'autre part, les équipes du CMI étaient mobilisées par la préparation de la CAN 2025, compétition majeure qui nécessite une infrastructure de paiement sans faille.
Le Conseil a accepté ce report, jugeant qu'une transition précipitée risquait de perturber les services de paiement électronique. Mais il a maintenu la pression en instaurant une astreinte journalière en cas de non-respect des nouveaux délais.
La procédure en cours : ce qui va se passer maintenant
Les six notifications publiées le 11 décembre ne sont qu'une étape dans un processus plus large. Le Conseil de la concurrence doit maintenant examiner ces projets d'acquisition.
Conformément à la loi, les résumés rendus publics reflètent uniquement les informations fournies par les parties. Le Conseil n'a pas encore rendu son appréciation sur ces opérations. Il va analyser si ces concentrations sont compatibles avec les règles de la concurrence et si elles ne créent pas de nouvelles situations de monopole ou d'oligopole problématiques.
Les tiers intéressés, c'est-à-dire les concurrents, les associations de consommateurs, ou tout acteur concerné par ces opérations, disposent d'un délai pour soumettre leurs observations. Cette fenêtre se ferme le 22 décembre 2025. Moins de deux semaines pour faire entendre sa voix.
Ces observations peuvent influencer la décision du Conseil. Si des tiers identifient des risques concurrentiels que les parties n'auraient pas mentionnés, le Conseil pourra en tenir compte dans son analyse.
Ce que cela signifie pour les commerçants
Si tu es commerçant et que tu acceptes les paiements par carte, cette transition te concerne directement. Ton contrat avec le CMI va être transféré à l'un des nouveaux opérateurs.
En théorie, ce changement devrait être transparent pour toi. Les terminaux continueront de fonctionner, les transactions seront traitées de la même manière. Mais le nom de ton prestataire sur tes relevés et tes factures va changer.
À moyen terme, la multiplication des opérateurs devrait te donner plus de choix. Tu pourras comparer les offres, négocier les commissions, choisir le prestataire qui correspond le mieux à ton activité. C'est précisément l'objectif de cette ouverture à la concurrence.
Pour l'instant, la priorité est d'assurer une transition fluide. Les nouveaux acquéreurs devront reprendre les contrats existants dans les conditions actuelles avant de pouvoir proposer leurs propres évolutions.
Ce que cela signifie pour les consommateurs
En tant que consommateur, tu ne verras probablement rien changer dans l'immédiat. Ta carte fonctionnera de la même manière chez les commerçants. Les terminaux de paiement resteront les mêmes.
Mais à terme, l'ouverture du marché pourrait avoir des effets bénéfiques. Plus de concurrence entre acquéreurs peut signifier des frais plus bas pour les commerçants. Et des frais plus bas pour les commerçants peuvent se traduire par des prix plus compétitifs pour toi.
L'innovation est un autre bénéfice attendu. Avec plusieurs acteurs en compétition, chacun cherchera à se différencier par de nouvelles fonctionnalités, de meilleurs services, des expériences de paiement plus fluides. Le paiement sans contact, le paiement mobile, les solutions de fidélité intégrées pourraient se développer plus rapidement.
La CAN 2025 en toile de fond
La mention de la CAN 2025 dans la demande de report du CMI n'est pas anodine. Cette compétition continentale, que le Maroc organise, représente un test grandeur nature pour l'infrastructure de paiement du pays.
Des centaines de milliers de supporters étrangers vont affluer. Ils voudront payer par carte dans les restaurants, les hôtels, les commerces, les stades. L'infrastructure de paiement doit être irréprochable pour que l'image du Maroc ne soit pas ternie par des problèmes de transactions.
Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence a fait preuve de pragmatisme en accordant un délai supplémentaire au CMI. Mieux vaut une transition un peu plus longue qu'une perturbation des services pendant l'événement sportif majeur de l'année.
Un marché en pleine transformation
Cette redistribution des actifs du CMI s'inscrit dans une transformation plus large du secteur des paiements au Maroc. Ces dernières années, Bank Al-Maghrib a accordé de nombreux agréments à des établissements de paiement. L'Office des Changes a autorisé les bureaux de change à utiliser des TPE. Le paiement mobile se développe.
Le monopole historique du CMI appartenait à une époque où le paiement électronique était une nouveauté qu'il fallait accompagner avec prudence. Aujourd'hui, le marché a mûri. Les consommateurs marocains sont habitués à payer par carte. Les commerçants sont équipés. L'heure est venue d'ouvrir les vannes de la concurrence.
Les six opérateurs qui se positionnent aujourd'hui ne sont probablement que les premiers. D'autres suivront. Le marché marocain des paiements électroniques entre dans une nouvelle ère, plus ouverte, plus compétitive, et potentiellement plus innovante.
Ce qu'il faut retenir
Six projets d'acquisition des actifs du CMI ont été notifiés au Conseil de la concurrence. Naps, Attijari Payment, Lana Cash, Cdm Pay, Maroc Traitement de Transactions et Al Filahi Cash veulent tous leur part du marché de l'acquisition monétique.
Ces opérations concernent les contrats avec les commerçants pour les paiements par TPE et, dans certains cas, les services de paiement en ligne. Le CMI a jusqu'au 31 janvier 2026 pour les contrats privés et jusqu'au 30 avril 2026 pour les contrats publics.
Le Conseil de la concurrence examine ces notifications. Les tiers intéressés peuvent soumettre leurs observations jusqu'au 22 décembre 2025. L'objectif de cette redistribution est d'ouvrir le marché à davantage de concurrence et d'innovation.
Pour les commerçants et les consommateurs, la transition devrait être transparente à court terme. À moyen terme, elle promet plus de choix, potentiellement de meilleurs tarifs, et davantage d'innovation dans les solutions de paiement.
Es-tu commerçant concerné par cette transition ? As-tu des questions sur le changement d'opérateur ? Partage tes interrogations dans les commentaires.

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