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Cash Plus en Bourse : anatomie d'une IPO qui a fait chavirer le marché

 

Cash Plus en Bourse


En bref :

  • Cash Plus est la première fintech à s'introduire à la Bourse de Casablanca, avec une IPO de 750 millions de dirhams
  • L'opération intervient dans un contexte exceptionnel : le MASI affiche +74% depuis début 2023 et le nombre de souscripteurs explose
  • Avec 4.909 agences et près de 4 millions de comptes M-Wallet, Cash Plus est un acteur majeur de l'inclusion financière
  • Les multiples de valorisation affichent une décote de 20% par rapport au marché avec un rendement dividende supérieur à 5%
  • La stratégie vise 7.800 agences et une Super App complète à horizon 2030

La première fintech marocaine entre dans l'arène boursière

Il y a des introductions en Bourse qui passent inaperçues. Et il y a celles qui marquent un tournant. L'IPO de Cash Plus appartient clairement à la seconde catégorie.

Pour la première fois dans l'histoire de la Bourse de Casablanca, une fintech fait son entrée sur la cote. Pas une banque traditionnelle. Pas un industriel. Pas un promoteur immobilier. Une fintech. Une entreprise née du digital, construite autour du paiement mobile et de l'inclusion financière.

Ce n'est pas anodin. Cela dit quelque chose sur l'évolution du marché boursier marocain. Cela dit aussi quelque chose sur la maturité du secteur fintech au Maroc. Quand une entreprise comme Cash Plus peut lever 750 millions de dirhams auprès du public et attirer plus de 80.000 souscripteurs, c'est qu'un cap a été franchi.

Un contexte boursier qui ne ressemble à aucun autre

Pour comprendre l'engouement autour de cette IPO, il faut d'abord regarder le contexte dans lequel elle s'inscrit. Et ce contexte est tout simplement extraordinaire.

Depuis début 2023, l'indice MASI affiche une performance de plus de 74%. Soixante-quatorze pour cent. Dans un monde où les marchés financiers sont souvent erratiques, c'est une trajectoire remarquable. Les investisseurs marocains ont vu leurs portefeuilles gonfler. Ils ont pris confiance. Et surtout, ils ont développé un appétit vorace pour le papier neuf.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2024, les opérations boursières attiraient en moyenne 21.000 souscripteurs. Lors de l'IPO de CMGP, ce chiffre est passé à 30.000. Pour Vicenne, même tendance. Et puis est arrivée l'augmentation de capital de TGCC en juillet 2025 : plus de 80.000 souscripteurs. Une demande historique de plus de 90 milliards de dirhams, soit plus de 40 fois le montant levé.

L'année 2025 s'annonce comme une année record avec 3,4 milliards de dirhams levés auprès du public, dépassant les 3,1 milliards de 2024. Dans ce contexte effervescent, Cash Plus ne pouvait pas mieux choisir son moment.

Cash Plus : portrait d'un champion de l'inclusion financière

Avant de parler chiffres et valorisation, prenons le temps de comprendre ce qu'est réellement Cash Plus. Car derrière les ratios financiers, il y a une entreprise avec une mission claire.

Fondée en 2004, Cash Plus s'est construite autour d'une ambition simple mais puissante : permettre aux Marocains qui n'ont pas accès aux banques traditionnelles d'effectuer des transactions financières. Transferts d'argent, paiements de factures, recharges téléphoniques. Des services basiques pour certains, vitaux pour d'autres.

Aujourd'hui, l'entreprise compte 4.909 agences réparties sur l'ensemble du territoire national. 87% de ces agences sont franchisées, ce qui permet un maillage territorial dense sans les contraintes d'une gestion centralisée. Cash Plus est présent dans 119 localités où il est souvent le seul opérateur de services financiers disponible. Dans ces zones rurales ou enclavées, l'agence Cash Plus n'est pas juste un commerce. C'est un lien avec le système financier moderne.

Les chiffres de pénétration sont impressionnants. Près de 4 millions de comptes de paiement M-Wallet. Plus de 1,3 million d'utilisateurs actifs sur l'application mobile Cash Plus. Une présence qui ne se limite plus aux points physiques mais qui s'étend désormais dans les smartphones de millions de Marocains.

Deux métiers, une cohérence

L'activité de Cash Plus s'articule autour de deux segments complémentaires.

Le premier, les services financiers, représente 68% des revenus. C'est le cœur historique de l'entreprise. On y retrouve le transfert d'argent, qui reste l'activité phare avec plus de la moitié des commissions. Mais aussi les comptes de paiement, les cartes de débit physiques et virtuelles, et l'achat-vente de devises. C'est le métier de base, celui qui a fait la réputation de Cash Plus.

Le second segment, les services de proximité, contribue au tiers restant des revenus. Règlement de factures, recharges téléphoniques, mais pas seulement. Cash Plus permet de déposer des dossiers de remboursement médical pour l'AMO et la CNSS. L'entreprise s'est aussi diversifiée dans la logistique avec Tawssil pour l'envoi et la réception de colis, et Sle3ti pour la livraison de marchandises. Sans oublier les solutions B2B pour les entreprises et divers services comme la vente de vouchers ou les paiements e-commerce.

Cette diversification n'est pas anecdotique. Elle permet de lisser les revenus, de multiplier les points de contact avec les clients, et de construire un écosystème de services qui fidélise la clientèle.

L'IPO décortiquée : structure et tranches

Entrons maintenant dans le détail de l'opération. Car une IPO, c'est aussi de la mécanique financière qu'il faut comprendre.

L'opération porte sur 3.800.000 actions proposées au prix de 200 dirhams l'unité. Ce prix de 200 dirhams est le fil rouge de l'opération, même si les salariés bénéficient d'une décote à 160 dirhams par action. Le montant total levé s'élève à 750 millions de dirhams.

Cette somme se décompose en deux parties distinctes. D'un côté, une augmentation de capital de 400 millions de dirhams par émission de 2 millions d'actions nouvelles. Cet argent frais va directement dans les caisses de l'entreprise pour financer son développement. De l'autre, une cession de 1,8 million d'actions par le fonds MCP pour un montant de 350 millions de dirhams. Cette partie permet au fonds d'investissement historique de réaliser une sortie partielle et de cristalliser ses gains.

Post-IPO, le capital flottant de Cash Plus s'établit à 15,5%. C'est la part des actions qui circulera librement sur le marché, disponible pour les échanges quotidiens entre investisseurs.

Trois tranches sont proposées pour s'adapter aux différents profils d'investisseurs. La première, de 425 millions de dirhams, vise les institutionnels avec un minimum de souscription de 3 millions de dirhams, soit 15.000 actions. La deuxième, de 285 millions de dirhams, s'adresse aux particuliers sans minimum de souscription. Chaque souscripteur reçoit d'abord une allocation de base de 150 actions, soit 30.000 dirhams, avant une répartition au prorata de l'excédent de demande. La troisième tranche, de 40 millions de dirhams, est réservée aux salariés au prix préférentiel de 160 dirhams.

Pourquoi les analystes sont-ils enthousiastes ?

Les avis favorables qui accompagnent cette IPO ne sont pas de simples formules de politesse. Ils reposent sur des arguments structurels que les analystes considèrent comme solides.

Premier argument : le contexte sectoriel est porteur. Le marché des paiements au Maroc connaît une transformation accélérée. Les transferts formels gagnent du terrain grâce à une nouvelle dynamique des segments MRE et touristique. La digitalisation des paiements s'accélère. L'État s'implique fortement dans l'inclusion financière à travers la Stratégie Nationale d'Inclusion Financière. Cash Plus, en tant qu'acteur établi, est bien positionné pour capter cette croissance.

Deuxième argument : le modèle hybride constitue un avantage compétitif. Contrairement aux néobanques qui misent tout sur le digital, Cash Plus combine un réseau physique dense avec des solutions digitales. Cette approche permet d'adresser les populations peu bancarisées qui ont encore besoin d'un contact humain, tout en les accompagnant progressivement vers les outils numériques. Face aux nouveaux entrants 100% digitaux, ce modèle offre une résilience appréciable.

Troisième argument : le plan de croissance apparaît réaliste. Sur la période 2025-2030, Cash Plus vise un taux de croissance annuel moyen des revenus de 10,6%. Cette progression repose sur l'extension du réseau commercial avec un focus sur les zones à fort potentiel, la digitalisation accélérée via le déploiement d'une Super App intégrant le M-Wallet, et la diversification des sources de commissions. L'objectif est d'atteindre 7.800 agences en 2030 contre 4.909 aujourd'hui, soit plus de 500 nouvelles agences par an.

La valorisation passée au crible

Parlons chiffres. Car au-delà du storytelling, c'est la valorisation qui détermine si une IPO est attractive ou non.

Le ratio cours/bénéfice, le fameux P/E, ressort en moyenne à 16,2 fois sur la période 2025-2030. Pour les non-initiés, ce ratio mesure combien d'années de bénéfices actuels il faudrait pour rembourser le prix de l'action. Plus il est bas, moins l'action est chère par rapport à ses profits.

À 16,2 fois, Cash Plus affiche une décote de 20% par rapport aux ratios normatifs du marché marocain, estimés autour de 20 fois. Dit autrement, l'action Cash Plus est proposée moins cher que la moyenne du marché par rapport à ses bénéfices. Pour une entreprise en croissance dans un secteur porteur, c'est un argument de poids.

Le rendement dividende, ou D/Y, apporte un autre éclairage. Il s'établit en moyenne au-dessus de 5% sur la période étudiée. C'est plus de deux fois le rendement offert par l'indice MASI, qui tourne autour de 2,3%. Pour un investisseur en quête de revenus réguliers, ce niveau de distribution est attractif. Il est rendu possible par l'amélioration continue de la capacité bénéficiaire de l'entreprise et par une politique de dividende généreuse avec un taux de distribution de 85% du résultat net.

La trajectoire financière attendue

Projetons-nous dans l'avenir tel que le dessine le business plan de Cash Plus.

Les commissions, principal indicateur de revenus, devraient afficher un taux de croissance annuel moyen de 14,2% pour atteindre 3,5 milliards de dirhams en 2030. Cette progression sera portée par le renforcement du maillage territorial et la transformation digitale vers une plateforme fintech complète.

La structure des revenus va évoluer. Aujourd'hui, le transfert d'argent pèse plus de la moitié des commissions. En 2030, sa contribution devrait redescendre à 37%, non pas parce que l'activité décline, mais parce que d'autres segments montent en puissance. Le paiement de factures et les recharges devraient voir leur poids passer de 22% à 34% sous l'effet du déploiement des nouvelles offres digitales.

Le produit net bancaire devrait croître de 10,6% par an pour atteindre 1,5 milliard de dirhams en 2030. Le résultat brut d'exploitation passerait de 417 millions à 697 millions de dirhams sur la période, soit une progression annuelle de 10,8%. Le coefficient d'exploitation sera temporairement impacté par les ouvertures d'agences en propre, atteignant 53,5% en 2027 avant de revenir autour de 52,2% en 2030.

Les moteurs de croissance identifiés

Plusieurs facteurs structurels soutiennent cette trajectoire optimiste.

L'essor des M-Wallets constitue un relais de croissance majeur. Plusieurs éléments convergent : l'implémentation de la Stratégie Nationale d'Inclusion Financière, un taux de bancarisation encore relativement bas à 58% en 2024, la montée du e-commerce et du paiement en ligne, et les programmes sociaux de l'État qui nécessitent obligatoirement un compte de paiement. Cash Plus, avec ses 4 millions de comptes M-Wallet, est idéalement placé pour capter ce potentiel.

La dynamique des transferts d'argent reste favorable. Les segments MRE et touristique connaissent un regain d'activité. Les Marocains résidant à l'étranger continuent d'envoyer des fonds à leurs familles, et le tourisme en plein essor génère des flux de change importants. Cash Plus, présent dans 119 localités en exclusivité, capte une part significative de ces flux.

La Super App en cours de déploiement représente l'avenir digital de l'entreprise. Cette application intégrera l'ensemble des services Cash Plus : transferts, paiements, M-Wallet, et probablement de nouvelles fonctionnalités à venir. L'objectif est de transformer l'expérience client et de créer une plateforme fintech complète capable de rivaliser avec les acteurs purement digitaux.

Les risques à ne pas ignorer

Aucune analyse sérieuse ne serait complète sans un examen des risques. Et Cash Plus n'en est pas exempt.

Le risque concurrentiel est réel. Le marché des paiements attire de nouveaux entrants, notamment des néobanques et des acteurs technologiques qui pourraient perturber les équilibres établis. Cash Plus mise sur son modèle hybride pour résister, mais la bataille pour les clients digitaux sera intense.

Le risque d'exécution existe également. Passer de 4.909 à 7.800 agences en cinq ans est un défi logistique considérable. Recruter, former, équiper plus de 500 nouveaux points de vente par an demande des ressources et une organisation sans faille. Tout retard ou difficulté dans ce déploiement impacterait les projections de croissance.

Le risque réglementaire ne doit pas être sous-estimé. Le secteur des paiements est encadré par Bank Al-Maghrib et l'Office des Changes. Toute évolution réglementaire défavorable pourrait affecter le modèle économique de Cash Plus.

Cela dit, les analystes estiment que ces facteurs de risque seront relégués au second plan par les investisseurs, du moins à moyen terme. L'appétit pour le papier fintech et les perspectives de croissance devraient l'emporter dans les arbitrages.

Ce que cette IPO dit du marché marocain

Au-delà du cas particulier de Cash Plus, cette introduction en Bourse raconte une histoire plus large.

Elle dit que le marché boursier marocain s'ouvre à de nouveaux secteurs. Après les banques, les assurances, l'immobilier et l'industrie, voici venu le temps de la fintech. Cette diversification est saine. Elle permet aux investisseurs de construire des portefeuilles plus variés et de s'exposer aux secteurs d'avenir.

Elle dit aussi que les investisseurs particuliers sont de retour en force. Le passage de 12.000 à plus de 80.000 souscripteurs en quelques années témoigne d'une démocratisation de l'investissement boursier. La Bourse de Casablanca n'est plus un club fermé réservé aux initiés. Elle s'ouvre au grand public, et le grand public répond présent.

Elle dit enfin que le Maroc dispose d'entreprises capables de lever des fonds significatifs sur les marchés. 750 millions de dirhams, ce n'est pas une petite opération. C'est la preuve que l'écosystème financier marocain a atteint une maturité suffisante pour accompagner la croissance des champions nationaux.

Ce qu'il faut retenir

L'IPO de Cash Plus coche beaucoup de cases. Une entreprise leader sur son marché. Un secteur en croissance structurelle. Un contexte boursier favorable. Des multiples de valorisation attractifs. Un rendement dividende généreux. Une stratégie de développement crédible.

Bien sûr, les risques existent. La concurrence s'intensifie, l'exécution du plan de croissance n'est jamais garantie, et l'environnement réglementaire peut évoluer. Mais dans l'équation globale, les arguments positifs semblent l'emporter.

Pour les investisseurs qui ont pu souscrire, les premiers jours de cotation ont confirmé l'engouement du marché. Pour ceux qui ont été frustrés par le faible taux de satisfaction, la question se pose désormais d'acheter sur le marché secondaire. À quel prix ? C'est le dilemme classique de ceux qui arrivent après la fête.

Une chose est certaine. Avec Cash Plus, la Bourse de Casablanca accueille un nouveau type d'entreprise. Une fintech. La première d'une série, probablement. Le marché marocain entre dans une nouvelle ère, et cette IPO en marque le coup d'envoi.

Avez-vous souscrit à l'IPO de Cash Plus ? Suivez-vous l'évolution du titre CAP ? Pensez-vous que d'autres fintechs marocaines suivront le même chemin ? Partagez votre analyse dans les commentaires.

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